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Polynésie : fronde syndicale sur la rémunération des fonctionnaires
[ 22/07/08 ]
Les vélléités du gouvernement de revoir le système des rémunérations dans la fonction publique hérissent les syndicats qui ont profité de la visite d'Yves Jégo, secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, pour manifester leur désaccord.
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL À PAPEETE.
Accueilli hier à Papeete par un appel à la grève générale illimitée, lancé par 5 des 6 grandes centrales syndicales représentées en Polynésie, Yves Jégo, secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, s'emploie méthodiquement à déminer un terrain local où les débats sociaux et politiques sont souvent intimement liés. Il a d'emblée réfuté que le gouvernement veuille réformer la rémunération des fonctionnaires, un sujet sensible dans un archipel qui occupe 12.000 agents de l'Etat pour une population de 260.000 habitants. « Le gouvernement veut seulement mettre fin aux excès des sur-retraites et créer un indice de différentiel du coût de la vie », a martelé Yves Jégo. Pour les syndicats, ce projet de calcul du différentiel de coût de la vie avec la métropole constitue néanmoins un premier pas menaçant vers une révision de leur mode de rémunération. Même si son échéance reste encore floue. « Nous voulons obtenir l'établissement de cet indice dans les dix-huit mois », a révélé à Papeete Yves Jégo. Des indices existent déjà mais ils sont contestés. Le calcul de ce différentiel une fois fixé devrait permettre d'indexer les salaires des fonctionnaires sur le coût de la vie.
Inflation croissante
Mais ce projet se dessine dans une conjoncture socio-économique difficile et sur fond d'inflation croissante (+ 2,2 % au premier trimestre). Et la décision du gouvernement polynésien d'augmenter de 20 % le prix des carburants et jusqu'à 13 % celui de l'électricité devrait encore alourdir cette tendance.
Du coup, les principaux partis d'opposition au gouvernement Tong Sang n'hésitent pas à exploiter le mécontentement plus général autour du pouvoir d'achat. Ils agitent à nouveau la menace de dépôt d'une motion de défiance visant à le faire tomber, alors qu'il ne dispose que de 1 voix de majorité. Yves Jégo n'a en tout cas pas ménagé son soutien à ce proche de l'UMP. Il appelle notamment les élus locaux à faire preuve de responsabilité : « Quand on change de gouvernement tous les six mois (...), il est difficile de s'adapter à un monde qui change à toute vitesse. » Un message qui ne semble pas avoir été entendu par le président de l'Assemblée territoriale, le leader indépendantiste Oscar Témaru, allié du sénateur Gaston Flosse. Le secrétaire d'Etat refuse toute nouvelle réforme institutionnelle, persuadé que le changement de statut ne résoudra pas les problèmes polynésiens.
Signé à Paris au printemps, le contrat de projet a été lancé cette semaine. L'Etat, qui y injecte 177 millions d'euros, veillera en priorité à ce que les communes rattrapent leur retard d'investissement en matière d'assainissement et de résorption de l'habitat insalubre. Enfin, l'idée d'une dotation globale d'autonomie souhaitée par le président Tong Sang et qui, de fait, va pérenniser les différents transferts de l'Etat, pourrait être validée par Paris. Mais sous certaines conditions. Une part fixe de la dotation « nucléaire » - pour solder la fin des activités nucléaires en Polynésie - sera affectée aux communes. Elles pourraient se voir attribuer « de 20 à 30 millions d'euros sur les 185 millions annuels de cette dotation », a révélé Yves Jégo. Une manière de contrôler davantage l'utilisation de ces fonds parfois employés par le passé avec un manque certain de discernement.
PHILIPPE MOREAU
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