Rennes se qualifiera t-il pour la Ligue des Champions?
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«Je ne veux pas d'une notoriété pour me la raconter mais pour imposer le respect.» Amaury Leveaux n'est pas un homme ordinaire. Double médaillé d'argent à Pékin sur 50 m et 4x100 m, le Mulhousien n'est plus un nageur ordinaire. Depuis un an, il a mis en adéquation son immense potentiel avec son palmarès. A 22 ans, l'histoire ne fait que commencer. Son prochain objectif : passer sous la barre des 21 secondes sur 50 m en petit bassin.
«Amaury Leveaux, comment s'est déroulé votre reprise ?
Trois jours avant la reprise, j'avais envie. C'était très dur physiquement. J'avais pris un peu de poids. Je n'avais pas remis les pieds dans l'eau comme nageur depuis le 16 août. J'ai fait du surf, du scooter des mers, plein de trucs... J'avais donc pris de bonnes vacances. Quand c'est comme cela, c'est parfait. Repartir dans les longueurs avec des temps de départ, je me suis dit mince. J'étais à l'arrache. Les petits qui avaient repris le 1er septembre, même mon frère, me mettaient un vent. C'était dur. En fin de semaine de reprise, j'étais déjà presque à leur niveau. La semaine dernière, c'est reparti, mon corps est réhabitué. Il faut une grosse semaine et demie pour que son corps se remette dans le coup au niveau cardiaque et physique. Le mental est là . Je suis motivé. J'ai fait deuxième, je voulais gagner.
Deux médailles d'argent olympiques, c'est pas mal quand même !
C'est bien. On est trois nageurs, Hugues, Alain et moi à avoir décroché deux médailles.
Mesurez-vous l'impact de ces deux médailles ?
Je ne sais pas. Les médailles sont chez moi dans un placard sous des vêtements comme toutes mes médailles.
A l'été 2007, vous étiez sur votre canapé à manger des chips en regardant l'Open de Paris et un an après, vous avez deux médailles d'argent. Avez-vous conscience du chemin parcouru ?
C'est clair. Le jour de ma finale du 50 m, je regarde Lionel (Ndlr : Horter, son entraîneur) et je lui dis : "cela fait un an et trois jours. On a repris le 13 août. C'est passé trop vite". Il faisait super beau, c'était le premier jour où je voyais le ciel bleu à Pékin. Je lui ai dit : "Aujourd'hui, c'est notre jour. Ce n'est pas celui d'un autre. Pas celui d'Alain (Ndlr : Bernard, troisième du 50 m). C'est le mien." Après il y a cette petite erreur de reprise de nage, ce n'était que le sixième 50 m dans ma carrière de nageur. Je ne suis pas un nageur de 50 m.
Pourquoi le 50 m vous plait ?
Je suis venu au 50 m par hasard. J'ai fait un 50 m à Chalon pour essayer une combinaison et j'ai réalisé 21"88 alors que je n'étais pas prêt du tout. On sortait d'un entraînement le matin. Les gens disaient il vient de nager huit kilomètres, commentfait-il pour nager 21"88 ? Après la course, on s'est regardé avec Lionel et on s'est dit : peut-être que le 50 m, il y a quelque chose à faire. Puis il y a eu les Championnats de France avec le record d'Europe.
Le 200 m, c'est fini ?
Non, mais c'est en même temps que le 4x100 m. J'ai fait les séries pour voir un peu aux JO. Mais tout le 200 m, je pensais au 4x100 m. J'ai nagé uniquement le dernier 50 m du 200 m et je suis arrivé à me qualifier pour les demies en réalisant le 12e temps. Quand je suis arrivé pour la finale du 4x100m le matin, tous les nageurs me disent d'y aller mollo. Je leur ai répondu que j'avais déclaré forfait. Ca leur a fait plaisir. Ils se sont dit : ça y est, il est dans le relais.
Votre façon de voir le relais a beaucoup changé ?
J'ai changé ma façon de penser. J'ai évolué. C'est un tout. C'est l'environnement à Mulhouse, mon investissement l'année dernière.
La venue de Laure Manaudou vous a peut-être fait du bien ?
Cela a fait du bien à tout le monde. On a pu comparer.
Le fait que Lionel Horter s'occupe beaucoup d'elle vous a-t-il donné envie de lui prouver des choses ?
J'étais plutôt blasé. C'était de la colère. Je devais être autonome. A plusieurs reprises, j'ai eu envie de sortir de l'eau et de partir. Lionel le sait. Mais cela a donné deux médailles. Je sais aujourd'hui qu'au bord du bassin, c'est entraîneur-entraîné, c'est un métier. On est huit heures par jour dans la piscine. En dehors, je le considère comme un père. J'ai pris conscience de cette différence cette année.
Lionel Horter est une personne très importante dans votre vie.
C'est lui qui m'a fait devenir propriétaire. Il m'aide. Il m'a hébergé, il m'a pris sous son toit. Il aurait pu me mettre dans un truc d'étudiants comme tous les nageurs. Il m'a fait venir cher lui. Ses filles sont comme mes soeurs.
Vous avez une image qui ne correspond pas forcément à ce que vous êtes. Vous êtes un nageur très sensible.
Je suis comme ça. Quand j'étais petit, il y a eu des problèmes avec mon père et ma mère. J'ai connu une enfance pas facile. Ma mère trimait pour rembourser les crédits de mon père, parti en Suisse. Je foutais rien à l'école, je n'avais plus envie. Pas à cause de cela. Mais il n'y avait plus ma mère, je ne me sentais pas forcé de faire quoi que ce soit. La natation m'a permis de devenir quelqu'un. Si je n'avais pas la natation, je ne sais pas qui je serais.
Aujourd'hui, on a l'impression que vous savez qui vous êtes.
Pas encore vraiment. Je sais ce que je veux et d'où je viens.
Que voulez-vous ?
Entre autres, je veux être champion olympique, champion du monde, champion d'Europe. La natation, c'est ma vie pour le moment. Plus tard, je ne sais pas si la natation sera toujours ma vie. Mais je veux être quelqu'un. Si on me croise dans la rue, j'ai envie qu'on dise : "lui, il a fait ça, respect". Je ne veux pas d'une notoriété pour me la raconter mais pour imposer le respect.
Quel est votre prochain objectif ?
Moins de 21 secondes au 50 m en petit bain. Je ne vais pas dire : je vais être champion d'Europe. J'ai envie, je ne le cache pas. Mais j'aimerais bien faire moins de 21 secondes. C'est faisable. Moins de 21 secondes, cela commence à parler et je m'en sens capable. Je suis nouveau sur la distance. J'ai des coulées qui ne sont pas dégueulasses... Il me manque juste le virage en petit bain, j'ai juste à prend mon temps là -dessus. J'y pense. C'est de la répétition, si je le fais bien à l'entraînement, je le ferai bien en compétition. Je m'applique chaque jour davantage. Je fais du 50, 100, 200, 400, j'ai les quatre barrières symboliques. Je suis peut-être le seul dans le monde. Si je peux faire évoluer mon sport, pourquoi pas. Mais je ne prends pas pour un Michael Phelps.
Si Phelps vient sur le 100 m, cela peut être une motivation ?
Ce n'est pas lui le favori pour le moment, c'est Bernard et Sullivan.
Aux championnats du monde à Rome, vous avez envie d'aller chercher le record du monde du 4x100 m.
Un titre de champions du monde déjà et une revanche. Il y a 1-0 pour les Etats-Unis.
Allez-vous être différent sur le plot ?
A Pékin, cela s'est vu. J'étais bien, j'étais heureux. Là maintenant, je suis heureux. Je suis bien dans ma peau, tout doit donc bien aller.»
Recueilli par Sophie DORGAN

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