Après Haut les coeurs ! et Stormy Weather, Solveig Anspach revient avec un nouveau film et touche à un autre registre : la comédie déjantée.
Back Soon raconte le périple d'une dealeuse de Marijuana, Anna, poétesse à ses heures qui cherche à revendre son commerce pour quitter son île islandaise avec ses deux fils Ulfur et Hrafn. Elle va céder son meilleur allié, son téléphone portable qui contient les numéros de tous ses clients, à un repreneur. Celui-ci lui demande 48 heures pour lui rapporter la somme demandée. Le temps pour elle de vivre une série de péripéties rocambolesques sur l'île pendant que ses clients s'entassent joyeusement dans sa maison en attendant son retour.
Voilà un film qui tente de s'aligner au burlesque et à l'improbable d'
Emir Kusturica. L'intrigue tourne autour d'un téléphone portable pris en otage dans l'estomac d'une oie, et qui devient par la force des choses un personnage à part entière. Les situations invraisemblables sur un fond de musique festive seront familières aux fans de
Chat noir, Chat blanc ou
Le temps des gitans et l'on se délecte de retrouver cet univers caricatural déjanté. C'est dans un état d'esprit identique que s'articulent les péripéties d'Anna où le scepticisme quant à la richesse culturelle et patrimoniale de l'Islande nous gagne. Car il faut l'admettre, ce ne sont ni les paysages gris, ni une ferme abandonnée pour un suicide raté qui nous donnent envie de la visiter.
Solveig Anspach dresse un portrait terne et caricatural des Islandais en ne retenant que des personnages marginaux animés par la seule envie de fumer un joint de marijuana ou toute autre substance planante.
A part faire une apologie du cannabis, il est difficile de savoir où le film veut en venir car les liens ne se créent pas, ne font que se défaire. Nous assistons à une succession de rencontres qui n'aboutissent à rien. On se rencontre, on parle deux minutes, on se sépare et on s'en va. La boucle est (mal) bouclée et un sentiment d'inachevé nous assaille car les personnages n'ont pas fini d'être façonnés, ressemblant plus aux bouffons d'un roi allumé qu'à un échantillon de la société islandaise. Du coup, frustration oblige, on ne parvient ni à s'attacher, ni à s'identifier. Le spectateur reste peut-être trop extérieur à ce manège décalé et le scénario semble être un prétexte à la juxtaposition parfois maladroite de péripéties burlesques. On ne ressent pas toujours le gag « tarte à la crème » qui nous surprend d'habitude par sa simplicité, sa spontanéité et qui déclenche l'hilarité.
Mais
Back Soon est une comédie colorée et explosive. Les protagonistes tous vêtus de couleurs vives, rouge, vert, jaune, colorent le cadre et réchauffent la froide atmosphère. La caméra est intenable, tantôt planante, tantôt statique, le cadre évolue au rythme des joints fumés, zigzaguant à travers l'île. La bande son est sans cesse sollicitée, il n'y a jamais de moment de silence, de réflexion, soit on parle, soit on écoute un morceau de reggae le temps d'un trajet en voiture. Un joyeux bordel qui nous ne laisse jamais un instant de répit qui finit par chasser la frustration de ne pas avoir été invité à la fête.
Quelques subtils passages empreints de tendresse ne sont pas de trop dans ce flot de sketches successifs. Le gardien d'une prison au cœur tendre qui prépare des gaufres à ses visiteurs, un moment atemporel où l'on voit Anna chanter l'un de ses poèmes avec une guitare tombée du ciel sur un fond de paysage islandais, la mort d'un homme qui nous montre que l'on naît et meurt seul … Ces touches de tendresse sont savamment incrustées dans le scénario et donne des couleurs au paysage gris.
Solveig Anspach ne nous épargne pas non plus les maux d'une société à la
Ken Loach où l'on se demande si finalement les personnages sont vraiment marginaux ou s'ils ne sont pas plutôt victimes d'un monde qui ne tourne plus rond. La drogue, le deal, le suicide, la solitude perlent discrètement sur ce front hilarant en apparence.
L'actrice
Didda Jonsdottir excelle dans son rôle de dealeuse de cannabis. Sa veste verte et l'odeur qu'elle dégage nous rappellent l'herbe qu'elle vend, et ses fines jambes à la démarche masculine enveloppées dans un pantalon trop serré nous font oublier qu'elle est mère. La cinéaste élabore judicieusement une apparence hybride, mi-homme mi-femme qui montre qu'elle n'est pas seulement mère mais parent. Même si on se sent un peu exclu par ce cocktail explosif, le film offre une folie visuelle qui parvient à nous convaincre que l’on devrait devenir marginaux pour garder le sourire face à une société déchue. Attention au côté déjà-vu cependant...