• Vols habités : le plaidoyer des astronautes français

    Marc Mennessier
    16/06/2008 | Mise à jour : 22:04
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    Ils exhortent l'Europe à poursuivre l'aventure au côté des autres grandes puissances spatiales.

    Faut-il continuer à envoyer des Européens dans l'espace ? Par quels moyens et surtout pourquoi faire ? Ces questions, aussi vieilles que le programme Apollo, reviennent sur le devant de la scène à l'heure où la France s'apprête à présider l'Union européenne le 1er juillet prochain et où les 17 États membres de l'Agence spatiale européenne (ESA) devront décider, fin novembre à La Haye, du financement de ses programmes futurs : observation de la Terre, lanceurs, exploration de l'Univers et, bien sûr, vols habités.

    Dans l'immédiat, c'est-à-dire d'ici à 2015, le problème ne se pose pas trop. L'ESA vient, en effet, de lancer une campagne de recrutement de quatre nouveaux astronautes. Les futurs lauréats, dont la liste sera connue dans le courant de l'été 2009, effectueront des missions de six mois à bord de la Station spatiale internationale (ISS) et notamment du laboratoire européen Columbus, mis en service en février dernier. Mais au-delà ? Faut-il, notamment, que les Européens envoient des hommes sur la Lune comme les Américains projettent de le faire d'ici à 2020, puis sur la planète Mars au mitan de ce siècle ?

    La ministre de la Recherche, Valérie Pécresse, a demandé récemment à plusieurs astronautes français, Jean-Loup Chrétien, Jean-François Clervoy, Claudie et Jean-Pierre Haigneré et Léopold Eyharts, lors d'un dîner organisé dans son ministère, de lui fournir de «bons arguments» en faveur de la présence de l'homme dans l'espace auprès des partenaires européens.

    «Être acteurs ou spectateurs»

    Jean-François Clervoy a d'abord mis en garde contre la tentation de s'enfermer dans une conception purement utilitariste de l'espace : «L'exploration, ce n'est pas une solution à un problème.» En clair, le but premier d'une expédition lunaire, par exemple, ne peut se résumer à des retombées technologiques ou industrielles. Même si celles-ci peuvent survenir par surcroît. «La présence humaine oblige en effet les ingénieurs à aller jusqu'au bout de l'excellence», a souligné, l'ancienne ministre de la Recherche, Claudie Haigneré.

    La conquête de l'espace obéit à un ressort plus profond de l'âme humaine. Pour Jean-François Clervoy, «les astronautes sont les porteurs de ce besoin d'explorer qui est en chacun de nous». Depuis l'homme préhistorique, en passant par Christophe Colomb et «les premiers aviateurs qui ont quitté la Terre avec un petit t avant que Gagarine ne s'élève au-dessus de la Terre avec un grand T», l'homme a toujours été en quête de nouveaux espaces. «Nous sommes nés explorateurs pour survivre et on empêchera jamais les hommes de continuer, a souligné Jean-Loup Chrétien. Si les gouvernements ne le font plus, c'est le privé qui s'en chargera comme cela s'est déjà passé pour l'aéronautique.»

    Pour l'heure, de nombreux pays envisagent de se lancer dans l'aventure. Outre les États-Unis et la Russie, le Japon, la Chine et l'Inde sont sur les rangs. «Les Européens doivent se demander s'ils veulent être acteurs ou spectateurs», a prévenu Jean-François Clervoy.

    Plus terre à terre, Jean-Pierre Haigneré interroge : «Qu'est-ce que l'on risque de perdre si on ne le fait pas ?» La fusée Ariane 5, le cargo ravitailleur ATV qui s'est docké à l'ISS en avril dernier et le laboratoire Columbus ont été mis sur les rails il y a vingt ans. Que vont faire les ingénieurs français et européens si l'Europe ne leur soumet pas rapidement de nouveaux projets ambitieux ? Ne seront-ils pas tentés d'aller exercer leurs talents ailleurs dans les pays qui auront choisi d'aller de l'avant ? «Cette perte de compétences est risquée car nous pourrions également ne plus être en mesure de répondre aux défis globaux», notamment en matière d'observation de la Terre depuis l'espace, poursuit Jean-Pierre Haigneré.

    «Un  programmed'exploration mondial»

    En mars dernier, le président Nicolas Sarkozy avait plaidé, depuis le Centre spatial de Kourou (Guyane française), en faveur d'un «programme d'exploration mondial, sans exclusivité ni appropriation par l'une ou l'autre des nations».

    L 'enjeu consiste à définir, d'ici à la conférence de La Haye, quelle sera la part de l'Europe dans ce futur dispositif. Les Européens devront-ils continuer à faire appel aux Américains ou aux Russes pour envoyer leurs astronautes dans l'espace où doivent-ils être autonomes en développant leur propre véhicule spatial ? Deux projets sont à l'étude. L'un, strictement européen, porté par EADS-Astrium, consiste à transformer l'ATV en un vaisseau habitable lancé par Ariane 5. Le second, baptisé Euro-Soyouz (CSTS), vise à doubler la capacité de la capsule russe. La balle est dans le camp des gouvernements du Vieux Continent.

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