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dimanche 28 septembre 2008

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TF1, gros plein de soap !

Feuilleton. En diffusant « Seconde Chance » à partir de lundi, la Une veut rééditer le succès à rallonge de « Plus belle la vie » sur France 3.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : séries , TF1

DR

Auparavant, dans le Sortilège de la malédiction du feuilleton quotidien maudit : depuis que cette garce de France 3 a pris le contrôle du PAF avec Plus belle la vie, toutes les filles du paysage audiovisuel essaient de lui piquer sa place. Il y a eu France 2, avec ses Cinq Sœurs, et M6 avec son Pas de secret entre nous. Mais elles se sont toutes cassé les dents quand soudain, lundi à 17h20, cette parvenue de TF1 débarque avec sa Seconde Chance. TF1 saura-t-elle inverser le sort et triompher là où seule France 3 a réussi ? Vous le saurez en suivant le Sortilège de la malédiction du feuilleton quotidien maudit.

Tilip tip-tip

« Tilip tip-tip, Tilip tip-tip, Seconde chaaaaance, tilip tip-tip, mon évideeeeence. » Sitôt le générique susurré par une ancienne de Star Ac’ d’une voix à faire passer illico l’arme à gauche à un diabétique, on a compris. Alice (Caroline Veyt) nous explique tout bien : « Je m’appelle Alice Leroy, j’ai 35 ans, je suis mariée, j’ai deux enfants, je suis une femme comme les autres. Alors pourquoi s’intéresser à moi ? » Ah tiens, maintenant que tu le dis, Alice, et sauf ton respect… D’autant qu’elle en rajoute, l’Alice : « Prévoir les courses, les lessives, les vacances, moi, ça ne m’a jamais gênée, au contraire : les enfants, c’est toute ma vie. » Bon ben, Alice, on va peut-être en rester là et aller réviser notre Simone de Beauvoir, hein… Mais non, haha, car fissa Alice se fait plaquer par son mari (« Tu m’as fait deux enfants merveilleux, mais tu n’es plus la femme que j’ai aimé il y a dix-huit ans… Je pars. ») et se retrouve comme deux ronds de flan, obligée de travailler, l’horreur. Et là, boum, tel un croisement monstrueux entre Pretty Woman et Bridget Jones, voilà notre blonde Alice s’adonnant sur fond de pont musical à l’essayage frénétique de tailleurs pied-de-poule et d’engouffrage de pots entiers d’Häagen-Dazs (ou l’inverse).

Oui, car au début de Seconde Chance, disons dans les 45 premières secondes, elle ne trouve pas de travail. Quand, miracle, Alice, malgré son CV moisi (« Trésorière au club des Mousses, bénévole pour la journée de lutte contre l’obésité infantile »), est embauchée dans une agence de pub, Broman&Barow. Qui est dirigée, on vous le donne en mille, non, en cent mille, par Laetitia, une copine de lycée. Pulpeuse, brune, cheveux tirés, habillée en noir : vous avez compris, le mot « salope » clignote en énorme sur son front. Et de fait, le premier épisode se clôt par ce soliloque de Laetitia : « Tu vas payer pour tout le mal que tu m’as fait, pour Mathieu, bien sûr, mais surtout… Surtout pour le reste. » Elle est comme ça, Laetitia, elle répète ses menaces deux fois. Deux fois.

Inverser la malédiction maudite

C’est avec des cliffhangers de ce tonneau que TF1 compte marcher dans les pas de Plus belle la vie. Car il y a un avant et un après le soap marseillais de France 3. Avant, la France était une terre vierge de feuilletons, rien n’avait jamais pris, ni Cap de pins sur France 2, ni Riviera sur TF1, alors que les petits écrans anglo-saxons font, depuis toujours, des bulles en forme d’Amour, Gloire et Beauté et autres Eastenders. Et puis en 2004, France 3 tente le coup. Au début c’est la cata, mais la chaîne s’accroche, muscle ses scénars (on n’a jamais vu telle concentration de serial killers) et fin 2004, banco : le feuilleton, diffusé à 20h20 au moment du grand mou des JT, commence à leur piquer des téléspectateurs.

Vincent Meslet, directeur des programmes de France 3 et qui a couvé Plus belle la vie à ses débuts, se souvient : « Son premier gros score historique, c’était au moment de la réélection de George Bush ; comme je savais que les gens allaient s’en désintéresser, j’ai demandé une histoire un peu plus forte en prévision et ça a marché. » Jeudi soir encore, le feuilleton scotchait 6 millions de personnes ! D’où, cette année, la frénésie feuilletonnante du PAF, mais pour l’instant en pure perte. En janvier dernier, France 2 lançait Cinq Sœurs à 18 heures, qui décédaient en juin. M6, faraude, prenait aussitôt le relais avec Pas de secret entre nous, lequel trépassait en plein été.

La grosse machine de TF1

Du coup, TF1 a fait les choses en grand. En énorme, même. Dix épisodes ont été tournés afin d’être soumis à une batterie d’« études qualitatives et quantitatives, explique Edouard Boccon-Gibod, chef de chantier de la série pour Alma Productions, une filiale de TF1, et on a obtenu des scores d’adhésion formidables ». Et c’était parti pour le tournage : cent épisodes sont déjà en boîte, sur 180 commandés, enregistrés dans un décor de 3 000 m2 et pour la bagatelle de 30 millions d’euros, soit environ le double de Plus belle la vie. C’est, avec le nouveau 20 heures présenté par Laurence Ferrari, le plus gros enjeu de cette rentrée pour TF1 : « L’objectif, c’est de creuser le sillon de ce rendez-vous quotidien, explique Boccon-Gibod, aujourd’hui, seules les grandes chaînes généralistes peuvent offrir un tel feuilleton, ce n’est pas à la portée des chaînes de la TNT. » Et Seconde Chance est une machine de guerre : depuis des semaines, TF1 inonde le Web de vidéos pour faire monter la sauce (dont celle, déjà culte, d’Evelyne Dhéliat présentant une météo où l’anticyclone s’appelle Alice et la tempête Laetitia). Et un site a déjà été créé où l’on peut, c’est gentil, acheter les objets moches du décor.

Desperate Ugly Alice

En plus de reluquer son patron Marc Broman (« Si j’étais vous, je n’écrirais pas ça », prévient Boccon-Gibod, mais nous, même pas peur, hop), Alice doit séduire le jeune téléspectateur, plus tenté à cet horaire (17h20) par la TNT, ce salopiot. D’où une réalisation émaillée d’effets spéciaux. Pas Star Wars, non, mais des split screens comme dans 24 Heures chrono ou une voix off à la Grey’s Anatomy. Et puis il y a la musique, des cordes sautillantes repompées chez Desperate Housewives. Enfin, il y a le concept : une femme qui part du bas de l’échelle dans un boulot branché où tout le monde la méprise, ça ne vous dit rien ? Deux demi-frères ennemis dirigeant la boîte, non plus ? L’héroïne qui finit par culbuter le patron (oui, on insiste), toujours pas ? Oui, c’est la telenovela Betty la moche, née en Colombie et adaptée avec succès partout dans le monde : un laideron connaît la gloire grâce à sa seule beauté intérieure et finit par épouser le patron. TF1 a déjà diffusé la version allemande (le Destin de Lisa) et l’américaine (Ugly Betty), voici donc la française.

« Je réfute totalement cette accusation, affirme Edouard Boccon-Gibod, Seconde Chance est un format original. » Rhôô, Edouard… « Ce n’est absolument pas une adaptation d’Ugly Betty et, que je sache, dans Ugly Betty, il n’y a pas de gamins comme dans Seconde Chance ». Allons, allons, Edouard… « Nous jouons avec les codes que le public apprécie », admet-il seulement. Tss, Edouard (1)… Si l’Alice de TF1 n’est pas moche comme Betty, elle a un handicap tout aussi lourd : c’est une femme au foyer moquée par ses collègues. Laquelle s’en sort grâce à sa science de bobonne, ses trucs pour détacher le costard du gros client, ses connaissances acquises en aidant ses enfants à faire leurs devoirs. Une ménagère de moins de 50 ans quoi, celle-là même qui délaisse TF1. Et que la Une, désormais, se délecte à torturer. Vous savez quoi ? C’est Betty, heu pardon, petit et moche.

(1) Et on nous signale dans l’oreillette que Seconde Chance a aussi de grosses similitudes avec la série américaine Once and Again diffusée en France par Téva et M6 sous le titre... Deuxième Chance !

Sur le même sujet : _- La télé ne crache plus dans le soap _- En France, les séries tâtonnent
- Télé : Plus « Betipul » la vie
- TF1 : pin-pon, y a l’feu à la fiction


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