• Polémique autour de bébés cobayes en Inde

    Isabelle Faure, à New Delhi
    25/08/2008 | Mise à jour : 09:21
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    De nombreux grands groupes pharmaceutiques pratiquent des tests cliniques pour leurs futurs médicaments dans ce pays.

    Ce n'est pas dans une obscure clinique privée d'un coin de l'Inde que 49 enfants sont morts, entre janvier 2006 et juin 2008, alors qu'ils étaient soumis à des tests cliniques, mais à l'AIIMS, l'Institut des sciences médicales d'Inde à New Delhi, le fleuron du milieu hospitalier du pays. Et si les bâtiments décrépis ne payent pas de mine, si le hall d'entrée ressemble plutôt à un hall de gare, c'est pourtant ici que se font soigner gratuitement politiciens et hauts fonctionnaires, et les familles pauvres qui ont la chance d'y être admises.

    Montré du doigt pour avoir utilisé en tant que cobayes 4 142 bébés et très jeunes enfants dont plus de la moitié avaient moins d'un an, avec des molécules venant de laboratoires tels que Novartis, Roche ou le japonais Sankyo Pharma, l'hôpital s'est défendu de toute négligence. «Les enfants décédés étaient gravement malades», a affirmé un porte-parole. «Aucun des décès n'est dû aux médicaments ou aux interventions opérées au cours des tests», a précisé V. K. Paul, à la tête du département de pédiatrie. Une partie de ces petits patients recevaient d'ail­leurs un placebo, a souligné l'hôpital. Le taux de mortalité est de 1,18 % parmi ces patients, alors qu'il est de 4 % pour l'ensemble de l'hôpital, affirment les autorités.

    Une enquête a été ouverte, mais le mal est fait et l'affaire a réveillé de vieux démons. Depuis que le pays attire les laboratoires du monde entier, l'Inde est régulièrement secouée par des scandales qui font craindre que cette nouvelle forme de délocalisation n'entraîne l'exploitation systématique des populations pauvres et illettrées.

    «Les atouts de l'Inde sont clairs, souligne-t-on à la Confédération de l'industrie indienne (CII), une population de plus d'un milliard de personnes, diverse, aux groupes génétiques bien distincts, et un vivier de docteurs, scientifiques et techniciens bien formés.» Tout cela a un coût tel qu'il permet aux laboratoires de réaliser une économie de 20 à 60 %. «Or 70 % du temps et de l'argent dépensés pour la découverte d'un nouveau médicament passent dans les tests cliniques sur les hommes», ajoute la CII.

    Volontaires illettrés

    Résultat : le pays est devenu le premier destinataire des tests délocalisés, avec un total de 139 l'an­née dernière, contre 98 pour la Chine. Tous les grands noms étrangers, Pfizer, Roche, Glaxo­SmithKline, Sanofi, ont désormais un pied en Inde. Selon un rapport de McKinsey, c'est un marché qui pourrait représenter 1 milliard de dollars d'ici à 2010.

    Le gouvernement indien est soucieux d'éviter les excès et a introduit régulièrement des changements de législation et des règles de conduite. À la suite du scandale de l'AIIMS, le ministre de la Santé a promis que les règles de conduite seraient d'ailleurs bientôt transformées en lois et les abus strictement punis.

    Reste qu'il est difficile d'empêcher l'exploitation de la pauvreté et de l'illettrisme de la population. C'est d'ailleurs en grande partie ce qui fait l'attractivité de l'Inde, puisqu'on y trouve des volontaires deux fois plus vite qu'en Occident. C'est aussi ce que Rahul Verma, directeur de l'ONG Uday Foundation, qui a révélé l'affaire de l'AIIMS, déplore. «La plupart des patients à l'AIIMS étant illettrés et extrêmement pauvres, je doute qu'ils comprennent même ce qu'est un test clinique et ce qu'on fait subir à leurs enfants», s'indigne-t-il. Pourtant, vu le niveau déplorable de la santé publique en Inde, le patient est souvent tout simplement reconnaissant de trouver un docteur qui s'intéresse à son cas et lui donne des médicaments gratuits. La majorité de la population se situant au-dessous du seuil de pauvreté, c'est un problème bien plus profond à résoudre et qui dépasse la question éthique des tests cliniques.

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