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JE TREMBLE (1 et 2) de Joël Pommerat
FESTIVAL D'AVIGNON Un album d'images incertaines
[ 24/07/08 ]
Un cabaret de la vie qui défile comme une suite de romans ébauchés.
Avec Marie Piemontese, Hervé Blanc, Gilbert Beugniot. Festival d'Avignon, tél. : 04.90.14.14.14, jusqu'au 26 juillet. Reprise
aux Bouffes du Nord, à Paris,
23 septembre au 1er novembre.
Texte chez Actes Sud Papiers.
Joël Pommerat a maintenu sa démarche originale d'auteur-metteur en scène au milieu d'un dédain général pendant une quinzaine d'années. Aujourd'hui, Peter Brook lui a donné un fauteuil de codirecteur aux Bouffes du Nord, à Paris ; ses spectacles tournent à travers toute la France et le Festival d'Avignon présente son dernier diptyque, « Je tremble (1 et 2) ». Est-ce pour autant un artiste considérable ? On pouvait en douter quand a été créée aux Bouffes du Nord la première partie de cet ensemble « Je tremble », dont la teneur paraissait mince. La vision de la totalité rassure, sans qu'on soit persuadé que Pommerat soit, actuellement, un poète aux grandes épaules. C'est, néanmoins, un créateur d'atmosphères, un interrogateur de mystères.
Des allures de music-hall
Sa compagnie s'appelle la compagnie Louis-Brouillard. Pommerat, en effet, a l'art de dissimuler les contours. Avec lui, on ne sait jamais tout à fait où l'on est. Ni dans quel lieu, ni dans quel type de théâtre. « Je tremble » a des allures de music-hall, mais les numéros qui s'y déroulent, en alternance avec des chansons anglo-saxonnes tout à coup interrompues, relèvent du grand show de la vie : confessions intimes, aveux d'échecs, rêveries, mises en évidence du cynisme contemporain. Si grand show il y a, il est éclaté en scènes courtes, sans fracas (alors que la musique des enchaînements est d'une grande violence), comme si l'on passait sans cesse de la fureur du monde urbain au murmure des rencontres frustrées. Et comme si aucune représentation n'était définitive et certaine. Les images où la lumière troue sans cesse une pénombre obsessionnelle se modifient minute après minute : une jeune femme devient une femme âgée, un visage aimé est remplacé par un quartier de viande. Le show-bizz sucré se déchire et prend des tonalités de dessins d'Enki Bilal.
C'est le mal qui obsède Pommerat, ou l'impossibilité du bien. Le fil conducteur n'était pas très perceptible dans « Je tremble 1 ». Il l'est dans « Je tremble 2 » alors que sa structure est celle d'un roman fragmenté ou, plutôt, d'une suite de romans juste ébauchés. Le personnage principal décide de renoncer à sa naïveté et de parcourir le chemin du mal. Il fait s'entretuer ses invités et, avocat, fait triompher un corrupteur au procès qui aurait dû l'accabler. Mais cette trame peut être balayée par le passage d'un clown, la vision d'une femme se débattant dans un scanner ou une scène d'amour avec une sirène qui se fait opérer de sa queue pour plaire à son amant !
Avec une troupe aux magistrales métamorphoses et une maîtrise rare de la lumière et du son, Pommerat fait un théâtre de hantises en liberté. A admirer plus qu'à aimer, sans doute.
GILLES COSTAZ
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