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Les primes des banquiers au coeur de la crise

24 mars 2008 - 10h03

Agence France-Presse

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Joseph Stiglitz, ancien économiste en chef de la Banque mondiale.


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L'actuelle crise financière puise en grande partie son origine dans le système «déraisonnable» des primes aux banquiers qui les pousse à prendre trop de risques, estime le prix Nobel d'économie américain Joseph Stiglitz dans une interview publiée lundi dans le quotidien Independent.

«Le système des indemnités a très certainement contribué d'une manière importante à la crise. Il a été conçu pour encourager la prise de risques mais il a encouragé la prise de risques excessifs.

En fait, il les paie à faire des paris», a déclaré l'économiste.

«Quand les choses tournent bien, ils s'en tirent avec des primes énormes. Quand les choses tournent mal, comme maintenant, ils ne partagent pas les pertes. Même s'ils perdent leur emploi, ils s'en sortent avec d'importantes sommes d'argent», a-t-il ajouté au quotidien.



Selon l'Independent, les bonus accordés cette année aux banquiers de la City dépasseront les six milliards de livres en dépit de dépréciations d'actifs bancaires qui s'élèvent jusqu'à présent à plus de 60 milliards de livres en raison de la crise du crédit.

«La solution n'est pas tant de plafonner les primes mais de faire en sorte que les pertes soient partagées, tout comme les bénéfices, par exemple bloquer les primes pendant dix ans: s'il y a des pertes la deuxième, la troisième ou la quatrième année, les primes seraient réduites de manière appropriée», a poursuivi l'ancien économiste en chef de la Banque mondiale.

Le Prix Nobel 2001 a par ailleurs stigmatisé les autorités de régulation financières qui «n'ont pas fait ce qu'elles auraient dû faire». «Les réglementations elles-mêmes n'ont pas suivi les innovations intervenues sur les marchés financiers», a-t-il estimé.

Les marchés financiers ont été «mauvais dans l'évaluation des risques». «Ils n'ont pas compris la nature du risque systémique (et) sous-estimé les corrélations», a jugé M. Stiglitz.

La politique monétaire ne pourra pas à elle seule dénouer la crise, croit M. Stiglitz, qui ajoute: «Il nous faut une plus importante dose de politique budgétaire afin d'empêcher l'économie de dégringoler».


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