• Le mot «récession» embarrasse les élus UMP

    De nos envoyées spéciales à Antibes, Sophie Huet et Judith Waintraub
    03/10/2008 | Mise à jour : 21:49 |
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    Éric Woerth, ministre du Budget, consent à évoquer une «récession technique» et parle de «croissance très faible» en 2008. (FRançois Bouchon / le Figaro)
    Éric Woerth, ministre du Budget, consent à évoquer une «récession technique» et parle de «croissance très faible» en 2008. (FRançois Bouchon / le Figaro) Crédits photo : Le Figaro

    Les élus UMP, qui entendent répondre à l'appel à l'unité de Nicolas Sarkozy, refusent de céder au pessimisme.

    «Récession», le mot était tabou vendredi encore aux journées parlementaires de l'UMP à Antibes. En période de crise, il y a des termes «anxiogènes» qu'il ne fait pas bon prononcer. Alors on fait la différence entre la définition «technique» de la récession et les prévisions de croissance (0,9 %) pour l'année 2008. Éric Woerth, le ministre du Budget, consent à évoquer une «récession technique» et préfère parler de «croissance très faible» en 2008, même s'il reconnaît que, «techniquement, quand il y a deux trimestres consécutifs de baisse du produit intérieur brut, cela s'appelle une récession».

    Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, refuse de parler de récession. «Les prévisions d'environ 1 % de croissance seront respectées. 2008 ne sera donc pas une année de récession, alors qu'en 1993, on était bien en récession.» Le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, évoque «une panne de croissance internationale. L'une des leçons à en tirer, c'est que nous avons besoin de régulation et de gouvernance. Il faudra organiser l'Europe autrement.» Son collègue Yves Jego (Outre-Mer) met en garde : «Les mots ont leur importance en période de crise économique. Aujourd'hui, les chiffres ne sont pas bons, mais on ne peut pas parler de récession, car cela voudrait dire que le phénomène est durable, or le gouvernement se bat pour que la crise ne soit pas durable.» Les dirigeants et parlementaires UMP, à de très rares exceptions près, n'ont pas davantage parlé de «récession». Le mot n'a pas été prononcé une seule fois à la tribune du Palais des congrès. Le très sarkozyste Frédéric Lefebvre a trouvé une formule dont il est très content : «Nous sommes dans un passage récessif, avec une croissance molle.»

    Larcher longuement applaudi

    Plus direct, Benoist Apparu reconnaît que «techniquement, la récession est là» mais ajoute : «Cela ne change rien. On sait qu'on est dans une crise grave.» Le villepiniste Hervé Mariton met carrément les pieds dans le plat, en lançant : «Ils ont tort de ne pas parler de récession, on y est. Mais c'est une récession qui devrait être courte.» C'est aussi l'espoir de Michel Bouvard, président du conseil de surveillance de la Caisse des dépôts, qui confie avoir passé plusieurs jours à convaincre l'exécutif d'épargner le livret A malgré la tourmente financière.

    Récession ou pas, la maîtrise des déficits et de la dépense publique préoccupe plus que jamais les parlementaires. Jean-François Copé puis Gérard Larcher ont une nouvelle fois voulu prendre leurs distances avec les déclarations d'Henri Guaino. Le patron des députés UMP a affirmé que «personne ne comprendrait ou n'accepterait que la France s'affranchisse de façon unilatérale des critères de Maastricht».

    Le nouveau président UMP du Sénat, Gérard Larcher, s'est fait longuement applaudir pour sa première intervention publique en expliquant : «Cette crise, disons-le bien., ne nous laisse pas d'infinies marges de manœuvre nationales.»

    Au-delà de ces mises en garde, l'appel à l'unité de Nicolas Sarkozy a été entendu. «Nous sommes derrière vous, sans réserve, totalement rassemblés», s'est exclamé Jean-François Copé, à l'adresse du président et du premier ministre. Même le villepiniste Jean-Pierre Grand a préconisé «cohésion et cohérence de la majorité dans la crise».

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