|
|
|
|
|
|
|
![]() |
| |||||||||||
C'est le début des choses sérieuses pour La Poste, qui sollicite de l'Etat le droit d'ouvrir partiellement son capital en 2011, pour financer sa croissance.
Lundi 8 septembre, Luc Chatel, le secrétaire d'Etat à l'industrie et porte-parole du gouvernement, doit donner le coup d'envoi d'un "round" de consultations avec les syndicats de postiers. Ceux-ci sont déjà vent debout contre l'adoption du statut de société anonyme (SA) et l'appel à des capitaux privés. Ils y voient les signes avant-coureurs d'une privatisation de l'entreprise publique, à la façon de France Télécom, qui l'a été en 2004, sept ans seulement après l'ouverture de son capital.
La Poste, à qui le Parlement a confié, par la loi de 2005, la mission du service universel du courrier et du colis, est un "service public national". Un tel service ne peut être privatisé, en vertu de la Constitution, dont le préambule de 1946 est ainsi rédigé : "Tout bien, toute entreprise, dont l'exploitation a ou acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité." Expliquant qu'"il n'est pas question" de revenir sur la mission confiée par le législateur, La Poste affirme que, une fois devenue société anonyme, elle restera une entreprise publique non privatisable.
M. Chatel veut entendre les doléances des organisations syndicales (CGT, SUD, CFDT, FO, CFTC et CGC). Et au passage aussi, sans doute, prendre la température sociale de la maison, avant l'appel collectif à une grève nationale le 23 septembre "contre la privatisation de La Poste".
Les associations d'élus locaux, très concernés par l'avenir du premier et du plus ancien service public de proximité en France, seront consultées un peu plus tard dans le courant du mois. Le gouvernement ne rendra son verdict qu'après coup, même s'il ne fait guère mystère de son soutien de principe au projet. De Bercy jusqu'à l'Elysée, en passant par Matignon, le consensus est très large.
De leur côté, les dirigeants de La Poste peaufinent leur projet. Ils veulent aller vite, afin d'arrimer le changement de statut à la prochaine loi postale, annoncée pour 2009 ou 2010. L'objet de ce texte sera de transposer en droit français la troisième directive postale européenne.
Ainsi, Jean-Paul Bailly, le président du groupe public, a fait parvenir au gouvernement, il y a quelques jours, un argumentaire défendant l'ouverture du capital et détaillant ses modalités. Ce dossier d'une dizaine de pages – qui vaut saisine officielle de l'Etat – se trouve désormais entre les mains de M. Chatel et de Christine Lagarde, la ministre de l'économie. Interrogée vendredi 5 septembre, La Poste s'est refusée à en commenter le contenu. Mais, selon nos informations, l'opérateur postal y dévoile son schéma idéal : une transformation en SA, assortie d'une ouverture du capital par augmentation de ce capital, et non par cession de titres.
La Poste aimerait, en effet, tirer "de 2,5 à 3 milliards d'euros" de cette "levée de fonds", ce qui, au vu de sa valeur estimée (autour de 10 milliards d'euros, selon un calcul encore grossier), représenterait jusqu'à 30 % de son capital. Une telle somme soutiendrait l'entreprise, lui permettrait de "restaurer sa structure de bilan, financer la croissance de ses activités et se saisir des opportunités".
S'agissant des modalités de l'augmentation de capital, La Poste a étudié diverses pistes, comme des partenariats industriels ou l'appel à des investisseurs financiers, fonds de pension ou fonds d'investissement. Mais elle donne sa préférence à une introduction en Bourse.
Reconnaissant qu'il s'agirait d'une évolution forte, les dirigeants du groupe y voient de "nombreux avantages" : la possibilité de mobiliser facilement les 3 milliards d'euros escomptés, la liquidité à tout moment, l'appel à un vaste actionnariat populaire aux côtés d'investisseurs institutionnels français ou étrangers, la possibilité de mettre en place une augmentation de capital réservée aux salariés...
Si La Poste entrait en Bourse, l'Etat pourrait, en guise de marque de confiance et de soutien, participer "même de manière limitée" à l'augmentation de capital, suggère La Poste. La Caisse des dépôts pourrait aussi acquérir une petite participation.
Côté justification, le groupe précise qu'il "ne peut s'accommoder du statu quo, sauf à menacer son unité et ses perspectives de développement (...). [La Poste] ne peut envisager de grandes acquisitions. (...) Sans modification de sa forme juridique, La Poste se trouve fortement en risque".
Lestée par une dette de 5,9 milliards d'euros (1,7 fois ses fonds propres), l'entreprise s'estime pénalisée. Contrainte de poursuivre une modernisation coûteuse jusqu'en 2010, elle dispose d'une enveloppe de 300 millions d'euros par an pour sa croissance... "Insuffisant", dit-elle.
Pour le groupe dirigé par M. Bailly, l'enjeu des mois à venir sera de convaincre l'opinion qu'en dépit de l'histoire économique récente, ouverture du capital ne signifie pas forcément privatisation. L'effort de pédagogie s'annonce pour le moins délicat ! D'autant que le dossier se politise et que l'idée d'un référendum sur l'avenir de La Poste, émise par notre confrère Libération, recrute de plus en plus de partisans à gauche (PS, PC, MRG, etc.). Dans ce contexte, le patron de La Poste devrait s'employer à redire qu'en vertu de la Constitution, un service public national ne peut être privatisé. La Poste, répète à l'envi son état-major, restera une société publique majoritairement contrôlée par l'Etat. M. Bailly, qui s'affirme personnellement opposé à une privatisation, devra aussi rassurer les 300 000 postiers sur leur avenir, une fois l'entreprise devenue une SA.
|