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FESTIVAL DE NICE

Les nouveaux rois de Nice

[ 24/07/08  ]

Abolissant les frontières entre le jazz et les musiques « binaires », deux jeunes formations ont dynamisé le doyen des festivals de jazz.

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Jusqu'au 26 juillet. Arènes et

jardins de Cimiez à Nice.

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL À NICE.

Bien sûr il y eut le vétéran Archie Shepp, toujours impeccable et festif. Bien sûr, il y eut les divas - la très appliquée Stacey Kent et la charmeuse Diana Krall. Bien sûr Maceo Parker (« 2 % de jazz, 98 % de funk ») a enfiévré le festival avec ses rythmes torrides et son hommage à Ray Charles quand, au même moment, sur une autre scène, la compositrice Maria Schneider a montré ce que l'on peut faire de mieux en matière de grand orchestre de jazz... Mais les festivaliers sont encore sous le choc de deux jeunes formations qui, tels des ouragans, ont balayé les arènes de Cimiez sur leur passage.

Jazz et la musique pop

Ainsi, le formidable quartet du saxophoniste italien Stefano Di Battista a électrisé le public avec un soul-jazz des plus réjouissants (on se souviendra longtemps du batteur Greg Hutchinson en bûcheron inspiré). Mais le premier à avoir allumé les mèches fut le contrebassiste israélien Avishai Cohen. On l'avait repéré, il y a quelques années, aux côtés de Chick Corea. Avec son trio, il a livré un concert aussi roboratif qu'un repas complet. Ses compositions sont à la fois impétueuses et charnelles. Il ne ménage pas sa contrebasse : son attitude sur scène, assez inédite, évoque un corps-à-corps. Faut-il que la grand-mère (le surnom de la contrebasse) ait les épaules bien larges pour subir des hommages aussi « appuyés » ! Bassiste d'une grande musicalité, il fait rebondir le tempo avec volupté. A la batterie, Mark Giuliana, joue « à l'énergie », mêlant des influences de musiques binaires (pop, rock...) et de jazz. Quant au pianiste, Shai Maestro, il est l'élément « romantique » de la formation. Cette nouvelle synthèse entre le jazz et la musique pop prend l'âme et fait bouger les pieds. Et lorsque Avishai Cohen entame un chant traditionnel en hébreu, la magie opère encore alors que nous ne sommes plus dans le même registre. Cela s'appelle le charme.

Et Leonard Cohen dans tout ça ? A bientôt soixante-quatorze ans, le doyen du plus ancien des festivals de jazz dans le monde est très éloigné des quadras rénovateurs du jazz. Costume noir, chapeau noir et chemise grise, silhouette élancée - on aurait dit Bogart interprétant Marlowe -, il est l'une des exceptions d'une programmation, qui comme le veut le producteur Gérard Drouot, s'est recentrée sur le jazz. Après quinze ans d'absence, Leonard Cohen a offert un surcroît de frissons. Lorsqu'un artiste procure un tel niveau d'émotion, il n'y a plus de genre musical qui tienne. Et un très bon festival devient, le temps d'une soirée, un événement exceptionnel.

RENAUD CZARNES
 
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