• Le management par la bonté 

     
    29/09/2008 | Mise à jour : 11:31
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    Evelyne Sevin est associée dans un grand cabinet de chasseurs de têtes. Faites-lui part de vos réactions et de vos idées sur evelyne.sevin@ezi.net.

    « Connaissez-vous le prince Michkine ? Eh bien, c'est un idiot parce qu'il est bon ! » Tel est en substance ce que nous dit Dostoïevski (1) à propos de la fausseté de nos jugements. Michkine est différent. Quoique malade, il place toute son énergie dans le souci d'autrui, dans la bonté. Puisque la société ne comprend pas cette démarche, on le relègue au rang d'imbécile. Une croyance ancienne hante les organisations : l'homme étant un loup pour l'homme, il lui est plus aisé de marquer son territoire, forme primitive de dominance, par une défense agressive. On entend souvent que l'entreprise, c'est la jungle. Cette doctrine de l'affirmation du fort face au faible, je la récuse et la considère comme contre-productive.

    Il est commode pour un patron, et parfois confortable pour ses collaborateurs, d'affirmer son leadership par une attitude directive. Mais gare à la caricature mettant le groupe en situation d'inhibition, souvent par peur de perdre l'avantage. Dans cet esprit, certains psys en viennent à considérer qu'un manager doit accepter d'être perçu par son équipe comme un mauvais objet. En d'autres termes, tout salarié ressentira tôt ou tard une émotion désagréable face à l'autorité qu'il reçoit ou qu'il confère.

    Mais si nous apprécions la quantité d'énergie gaspillée dans une telle relation, nous devons envisager, au nom de l'efficacité, une démarche radicalement différente. Ici pas de mièvrerie, plutôt un recadrage. Certes, les bureaux ne sont pas conçus pour la bonté, encore moins pour l'acte gratuit. Mais en nous imposant quelques règles simples, tout peut changer dans nos relations humaines.

    Conjurons le cynisme

    D'abord, rangeons Machiavel au placard et conjurons le cynisme. Cessons de dégoiser sur les autres ; sourions-nous quand nous nous croisons. À l'occasion, offrons un déjeuner informel à notre équipe. De temps en temps, apportons des petits cadeaux à partager, fleurs, chocolats, marques de sympathie. Ecoutons ce que chacun veut nous dire et, pour ce faire, interrompons notre occupation lorsqu'on nous parle. Sachons remercier, y compris par un petit mot écrit. Intéressons-nous aux hobbies de nos collaborateurs. Listons les marques de sympathie que nous avons reçues. Allégeons les tâches désagréables en les partageant. Ces petites attentions supposent une véritable pratique managériale. En Amérique du Nord, plusieurs consultants, Mari-Lyn Hudson (2) ou Olivia McIvor (3), en modélisent déjà les outils. Cette dernière préconise un programme d'amélioration axé sur douze points : authenticité, excellence, cou­rage, responsabilité, juste attitude, confiance, amitié, intégrité, résilience, compassion, service, tolérance.

    Il y a quelque temps, je vous disais que l'intelligence pouvait être perçue par le groupe comme une menace (Réussir, le 16 juin), donc comme facteur supplémentaire de stress. C'est cette culture de la tension qu'il faut revoir. Car la bienveillance n'est pas contestable, elle ouvre le champ de l'observation de l'autre et par là de l'innovation en équipe, bien plus féconde que la « violence des échanges en milieu tempéré » (4).

    1. Fedor Dostoïevski : « L'idiot », Folio n° 2656 2. Y2K : Yes to Kindness 3. The Business of Kindness™ 4. Film de Jean-Marc Moutout (2004)

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