mardi 4 novembre 2008.
Les Derniers hommes ? C’est d’abord Charlotte...Ah bon ? Et Romain aussi...Ah oui ! Et puis plein d’artistes qu’ils entraînent dans le grand tourbillon de créativité qu’est devenue cette association dijonnaise...Retour sur une association pleine d’ingéniosité...

C’est sur les bancs de l’université de Lettres Modernes à Nancy que ces deux compères se sont rencontrés. Très vite ils échangent sur leur passion du théâtre... : étudier les Lettres Modernes oui, mais ils les veulent vivantes, actives, punchy !
Aussitôt dit, aussitôt
La Cantatrice chauve prend vie. C’est leur première création, nous sommes en juin 2004.
"J’ai toujours aimé la scène, confie Charlotte.
On peut tout réunir dans le théâtre, s’exclama-t-elle, passionnée.
Mais j’avais également envie de faire de la mise en scène.
Pour cette première pièce de Ionesco, on était 7 comédiens et pour formaliser notre association on s’est baptisé "La Troupe à Dour", nom que l’on avait donné à une marionnette, une grenouille bleue, type Muppet Show, que l’on a habillé en troubadour ! ".
L’année suivante, c’est le philosophe Nietzsche qui a les faveurs de la jeune troupe. Intitulée Les derniers hommes, la pièce est constituée alors de collage de textes d’auteurs différents, dont Nietzsche, à qui ils empruntent le concept du “dernier homme”, développé dans Ainsi parlait Zarathoustra.. Pas trop calé sur les théories de Nietzsche ? "Le dernier homme n’est pas une figure historique, explique simplement Charlotte, pédagogue, mais un type d’homme que Nietzsche imagine comme le plus bas dans la hiérarchie des valeurs. C’est le pendant du Surhomme. Ces deux figures sont des exemples pour le philosophe de ce que peut devenir l’humanité, et elles posent donc la question de la finalité de l’homme, de sa capacité de se créer un avenir. Le dernier homme est pour le philosophe l’une des figures du "désastre nihiliste" qui menace la culture occidentale. Tout un programme...

Parce qu’ils aiment le concept, parce que l’œuvre, l’existencialisme de Nietzsche leur parlent, la troupe décide en septembre 2006 d’adopter le titre comme nom d’asso. Adieu donc l’initiale
Troupe à Dour, bonjour à ces
Derniers hommes ! Des hommes qui sont plutôt premiers en ingéniosité et en créativité ! Portés par l’élan, nos jeunes metteurs en scène créent
De l’amour, une œuvre de Stendhal cette fois, avec de nouveau un collage de textes autour du concept de cristallisation (la fameuse théorie stendhalienne qui explique le processus amoureux, le coup de foudre !)
"Nous n’aimons pas vraiment les dialogues, qui tient le public à l’écart ; on privilégie donc les monologues, les textes lus vers le public, mais loin des lectures figées ! On les met en scène en mélangeant les disciplines : danse, comédie, vidéo, voix off..."
De Nietsche à Stendhal, en passant par Rimbaud.... ; le jeune poète prodige a ainsi focalisé l’attention des
Derniers Hommes de septembre 2006 à mai 2007. Entraînant le public dijonnais dans
Une saison en enfer, cette fois prise dans son intégralité, les jeunes talents reçurent des retours élogieux :
"Les gens, et notamment les jeunes qui sont venus nous voir, nous disaient qu’ils avaient redécouvert ce texte de Rimbaud, qu’ils l’avaient enfin compris et apprécié. Et c’était notre but, avoue Charlotte.
Réactualiser ce texte en prose, avec l’aide d’une danseuse, et moi-même, même si moi, je fais plutôt de la transe ! Romain est comédien pour ce projet et je m’occupe également de la projection d’un diaporama. Il y a aussi un court-métrage qui intervient pendant la représentation. C’est le moment dans l’œuvre où Rimbaud donne la parole à Verlaine... On l’a joué 3 fois ; à deux reprises à Dijon et une fois à Chambéry." Mais que les plus curieux et les retardataires se rassurent :
les Derniers Hommes lui préparent une tournée !
Dans la lignée des arts vivants,
les Derniers hommes impriment leur marque en imaginant des spectacles-concepts, inter-disciplinaires. Quand on interroge Charlotte sur la Genèse des projets, elle fait part de son implication avec enthousiasme, même si elle parle également volontiers de l’autre pilier de l’asso, Romain.
"Après le DEUG de Lettres, Romain a continué son cursus avec une licence professionnelle dédiée à l’audiovisuel, au multimédia et à la communication graphique". Ce qui a amené nos
Derniers Hommes a crée en 2007 leur revue participative en ligne
"On l’a appelé Querelle,
et on fait une édition bimestrielle. Elle est pensée comme une vitrine, une galerie où les contributeurs sont amenés à proposer des créations à partir d’une image qu’on leur soumet ; pour le mois d’octobre, regardez ! c’est un petit homme moustachu en noir et blanc" Pour novembre, un miroir sera proposé...
"On aime les vieux trucs réactualisés, remis au goût du jour, décalés...Ca correspond à notre ligne graphique, c’est onirique"Et c’est beau ! Pour les artistes, les graphistes et les créatifs, allez vite faire un tour :
www.querelle.fr !
Si la galerie est d’abord pensée pour être virtuelle, la qualité des contributions 2007-2008 ont amené
les Derniers Hommes à sortir une revue papier
"Grâce aux financements du FSDIE, des Universités de Bourgogne, de Dijon et du CROUS, on a pu proposer cette revue de 40 pages à seulement 3€. Tirée à 1000 exs, on a choisi de la proposer à la vente sur des lieux culturels de choix : le Palais de Tokyo à Paris, Beaubourg notamment... Et notre partenariat avec Gibert Joseph à Dijon nous a permis une bonne diffusion. Du coup, on va certainement récidiver cette année, avec peut-être 80 pages cette fois !"
C’est donc avec des projets plein la tête que
les Derniers Hommes entament cette nouvelle année universitaire : une revue qui s’illustre par sa qualité et son professionnalisme ; une pièce rimbaldienne qui ne demande qu’à continuer sa route ; et un nouveau projet en diptyque autour de l’œuvre de Léo Ferré !
"Cette année, Romain sera en Service Civil Volontaire pour Les Derniers Hommes, et une deuxième volontaire commencera au 1er novembre. Quant à moi, ma formation cette année en IUP Métiers de la culture me donne de grandes plages de stages que je consacrerai aux projets de l’association. "Cet homme-là a révolutionné la chanson ! Pour nous qui travaillons beaucoup sur les émotions entre le public et nous, son œuvre nous permet d’inventer un spectacle où se mèleront une nouvelle fois, le théâtre, la danse, une voix-off qui réinterprétera ses textes, des projections vidéo... "
Ce diptyque est prévu pour être présenté en novembre 2009. Reste à trouver le lieu.... "Il y a beaucoup de festivals à Dijon et peu de salles...Mais pour nous, ce projet aura de l’envergure ; on invite des compagnies de Paris, d’Orléans, de Suisse. Bref, ce sera véritablement un festival inter-disciplinaire, entre comédie, danse et arts numériques."
Si ces hommes là sont véritablement les derniers, avec tant de peps et d’énergie, on peut se dire que l’humanité a de beaux jours devant elle, non ?