Dan Brown : meilleur promoteur touristique de l'année Triste vérité : non seulement le livre peut être traité comme une marchandise à part entière (et il tend de plus en plus à être, avec la menace qui pèse sur la loi Lang concernant le prix unique du livre), mais il peut désormais tenir une place de haute importance dans le circuit économique d'un pays. Au fond, ce qui est triste, ce n'est pas le fait que des livres se vendent. Mais de constater quels livres se vendent, et surtout, l'engouement que les plus grosses impostures peuvent parfois susciter.
On se souvient par exemple de la drôle de frénésie que le Da Vinci Code de Dan Brown a soulevé chez ses lecteurs. En fait, ce genre de bouquins à clés, qui mêlent Histoire, religion, sciences et enquête à suspens bénéficient un peu de "l'effet Sudoku". Tout en permettant à ses usagers de se détendre, de se « vider la tête » comme on dit, ils leur donnent l'impression d'avoir soudain accès à des domaines qui leur étaient jusqu'alors fermés : culture, raisonnement logique, initiation à la résolution des codes secrets... Le nombre de lecteurs qui se sont pris au jeu du Da Vinci Code s'est vu gonfler après la sortie de l'adapation ciné de Ron Howard (avec Tom Hanks, Audrey Tautou et Jean Reno, brochette gagnante !). Et parmi eux, beaucoup se sont montrés prêts à pousser très loin leur Passion. Les circuits touristiques Da Vinci Code se sont multipliés. Des hordes d'américains littéralement brownisés se sont rendus en France, en Ecosse, partout où elles pouvaient trouver des indices pour résoudre le mystère du livre, sans peur et sans reproche, bravant la foule du Louvre pour voir la Joconde, déjouant les pièges de méchants curés à l'haleine fétide, et n'hésitant pas à sortir des écus de leur bourse dès que l'enquête - ou leur estomac - le réclamait. Un coup de pouce pour le tourisme, dont d'autres villes aimeraient bénéficier à leur tour.
Les prochains sur la liste sont les Romains. Car devinez où se déroule le premier volume de la trilogie Brown, Anges et démons, qui sera bientôt porté à son tour à l'écran toujours par Ron Howard ? Patrizia Prestipino, directrice aux affaires touristiques de la ville, se réjouit très franchement : « pour nous, c'est de la publicité gratuite. Plus il y aura de films tournés à Rome, mieux ce sera ». D'autant plus que l'intrigue du livre prend place dans les sites prestigieux de la ville : Le Panthéon, la Piazza Navona et la Piazza del Popolo.
Pour l'heure, certaines entreprises ont déjà bénéficié de l'effet Brownie, à l'instar de l'agence de tourisme Dark Rome, qui a vu augmenter sa clientèle depuis qu'elle propose la visite officielle « Anges et démons ». D'autres agences, qui ne propose pas d'activités liées au film, s'exaspèrent d'entendre reprocher à leurs guides que Dan Brown, lui-y-dit-pas-ça dans son livre. « Nous essayons d'expliquer que c'est l'image même de Rome qui risque d'être endommagée », témoigne Paul Bennett, le fondateur de l'agence Context Travel.
Si seulement les livres de Dan Brown ne racontaient pas autant de conneries. Si seulement d'autres livres pouvaient engendrer une telle curiosité, éveiller le goût du voyage et du raisonnement chez tant de lecteurs... Pourquoi aussi, ne pas se lancer dans un Paris-Jérusalem à pied (retour compris), à la découverte du berceau de nos cultures, après une lecture consciencieuse de L'Itinéraire de Chateaubriand ?
Source : "Dan Brown Tourists : next stop, Rome ?", article d'Elisabetta Povoledo, in The New-York Times, 24 juin 2008.
Commentaires
De Raaaaa, posté le 28.06.08 à 09:21
![]() Non mais c'est pas vrai ! Peut-on arrêter une bonne fois pour toute de rabâcher à qui veut l'entendre que le Da Vinci Code ne raconte pas la vérité. Non ce n'est pas une thèse d'historien, ce n'est pas un article de journaliste, c'est un ROMAN - c'est écrit sur la couverture. Ok, c'est de la littérature de gare mais - dans le genre - c'était plutôt réussit. Par ailleurs, je trouve cette attitude condescendante qui consiste à fustiger les sinistres illettrés qui s’abaissent à lire ce bouquin proprement affligeante. Au moins les gens lisent quelque chose ! Ok, c’est pas du Chateaubriand mais c’est un bouquin avec des mots écrits dedans, des références culturelles (si, si) et pas mal de pistes à explorer par la suite pour les lecteurs un peu curieux (templiers, évangiles apocryphes, De Vinci etc…). Le Da Vinci Code c’est un peu le Harry Potter des adultes : ça a juste donné le goût de la lecture à des milliers de gens qui ne lisaient pas.De Laurence, posté le 19.07.08 à 13:42 ![]() Je suis un peu d'accord avec ce qu'écrit Raaaaa (ça fait bizarre d'écrire ça ) : ce qui est dommage c'est que certaines personnes prennent ce roman pour un mémoire scientifique, mais en tant que livre, s'il a autant de succès grand bien lui fasse ! Personnellement je lis beaucoup et de tout, et j'ai dévoré le Da Vinci Code en deux ou trois jours, vraiment passionnée... et deux jours après, en discutant avec un ami je me suis rendu compte que j'avais déjà presque oublié l'histoire ! Peu importe, j'avais déjà commencé un autre roman entretemps, qui m'a peut-être laissé un souvenir plus fort et plus durable... Je pense aussi qu'en cette période où les gens lisent de moins en moins, l'important c'est qu'ils lisent, peu importe quoi, et dieu reconnaîtra les siens !Ajouter un commentaire |
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