Creative writing : apprend-on à devenir écrivain ?Posté par Céline le 29.08.08 à 18:12 | tags : elucubration
La bonne réputation de ce type de cours ne vient pas de nulle part. Institué en 1936 à l'université d'Iowa, il a permis à Kurt Vonnegut de transmettre son savoir-faire à John Irving, qui a lui-même transmis le sien à T. C. Boyle. Les anglo-saxons les plus prisés ont été repérés dans des ateliers d'écriture : Philip Roth, Jonathan Safran Foer ou encore Ian McEwan... D'autres grands noms y enseignent : Joyce Carol Oates, Chuck Palahniuk, Joseph Boyden. A l'université comme dans le milieu de l'édition, il est donc bien admis que les techniques de narration peuvent être enseignées, qu'un roman, comme une bonne recette, tient surtout du bon dosage de chaque ingrédient.
L'idée ne passe pas aussi bien en France, où les ateliers d'écriture correspondent davantage à des espaces de liberté et de création qu'à des leçons de méthodes. D'autre part, ceux-ci sont souvent liés à une dimension thérapeutique ou sociale : de fervents bénévoles animent des groupes dans des prisons, dans des maisons de quartier, des maisons de retraites. Pas tout à fait la même chose que de se voir évaluer par l'œil sévère de Russell Banks... Quelques universités proposent bien des ateliers d'écriture, avec des interventions d'écrivains, mais les étudiants inscrits à ces deux heures hebdomadaires de cours, même les plus assidus, n'attirent pas encore l'attention des éditeurs...
Work in progress Il faut dire que le principe du Creative Writing peut soulever beaucoup d'objections, la première étant que l'enseignement de l'écriture mène à produire des auteurs en série. Des clones littéraires. Contre cette uniformisation, Robert Coover, auteur de Noir (publié en France au Seuil), a mis en place un atelier d'écriture multimédia ultra-expérimental, qui se déroule dans un cube dont les parois-écrans permettent de créer un monde virtuel en trois dimensions. Le texte y devient objet, au même titre que l'image ou le son. Création sans limite ou dérive conceptuelle ? Auteur et dramaturge réputé aux Etats-Unis, John Biguenet anime chaque été, depuis trois ans, un cours de "creative writing" à l'Université Américaine de Paris : "Là-bas, vous pouvez être ce que vous voulez. Si vous décidez d'être Hemingway, vous pouvez prendre des cours et devenir écrivain !" Une assertion qui sonne comme la devise d'un self-made man, et inquiète plutôt qu'elle n'enchante.
"No conflict, no story"...
Nul doute que ce genre de cours permet à certains d'affûter leurs techniques d'écriture, mais il a encore quelque chose de bien gênant. Comment évalue-t-on le talent littéraire de quelqu'un sur quelques lignes ? A quoi bon la technique s'il manque la finesse et l'inspiration ? Jusqu'alors, la méthode américaine s'était appliquée aux managers, pas aux écrivains.
Source : Livres Hebdo n°743, 29 août 2008, "Travaux d'écriture", article de Marie Kock. Commentaires
De Amori, posté le 29.08.08 à 18:17
![]() Un bon moyen de donner confiance aux élèves en les poussant à formaliser plus habilement leurs pensées mais pas d'en faire des Ecrivains. Comme si l'écriture était simplement une mécanique, un ensemble de procédés vidé de toute substance, ou un moyen de faire de l'argent, un métier "comme un autre". Un Master d'écriture pour devenir une Ana Gavalda?? Le pragmatisme à l'américaine. Bof bof bof! De Queen Mab, posté le 29.08.08 à 19:16 ![]() Non, on ne devient pas écrivain en prenant des cours, comme on peut prendre des cours de dessin sans être ni jamais devenir peintre. Dans ces cours, on applique simplement une approche pragmatique à l'acte d'écrire, on donne des conseils pour structurer un récit, etc. Si la petite phrase de Biguenet est un foutage de gueule marketing évident, l'attitude française me semble parfois un peu frileuse par rapport à ces ateliers. Cette frilosité et cet attachement à l'image de l'artiste touché par l'inspiration n'existe pas chez les scénaristes français, qui lisent souvent McKee et ses conseils sans se poser de questions. De Boeb'is, posté le 29.08.08 à 21:04 ![]() Il existe bien des écoles de scénarios... comme par exemple en France le CEEA financée par les chaînes de télé. Cette école forme une bonne partie des scénaristes télé français, comme quoi la France n'est pas si frileuse... De Didon, posté le 29.08.08 à 21:31 ![]() Sauf qu'écrire un scénario n'est pas vraiment écrire un roman. En plus, les scénaristes télé français ne sont pas spécialement des références... ce genre d'école formate pas mal, il te programme pour pondre des scénarios que TF1 achètera ou des épisodes de plus belle la vie De arslongavitabrevis, posté le 30.08.08 à 00:40 ![]() On n'enseigne pas l'écriture en atelier, on la provoque, on la teste, on la joue, on la prend à distance, on la cherche et on y prend plaisir dans le détachement d'une consigne extérieure… Pas une école d'écrivain mais un atelier de pratique. Et parfois, parmi tous les élèves, la naissance d'un artiste et d'un écrivain singulier. Un artiste, donc une exception ! Tous les ateliers n'ont pas vocation à préparer au concours d'entrée à TF1. De Gobi, posté le 30.08.08 à 11:49 ![]() J'ai participé à un atelier d'écriture à la fac. C'était assez drôle d'entendre les textes écrits par les élèves. Certains pondaient des écrits très juvéniles et torturés qu'ils lisaient ensuite à haute voix, d'autres écrivaient sur leur chat et des poèmes d'amour. En réalité, c'était une activité plutôt ludique et honnêtement, j'avais parfois vraiment envie de me marrer. Par rapport à la classique dissertation en trois partie, l'expression en Atelier d'écriture était un exercice libre, amusant. Et parfois, mais c'était rare, on entendait vraiment qqchose de bon, de pensé, vécu. De Anne-Sophie, posté le 31.08.08 à 23:56 ![]() C'est amusant comme nous, en France, nous sommes réticents à ce genre de pratique... Aux Etats-Unis, les auteurs n'hésitent pas à avoir recours aux ateliers et personne n'oserait remettre en cause le talent d'un P. Roth ou d'un Foer. Mais en France... si on ose dire qu'on sort des ateliers, les gens ont l'impression que l'écriture n'est qu'un hobby, une gentille activité et non une nécessité. De et pourquoi pas?, posté le 01.09.08 à 14:27 ![]() Je ne vois pas le problème non plus. C'est un peu comme si on remettait en cause les Beaux arts, par exemple. Bien sûr on n'apprend pas à ETRE un peintre ou un écrivain, tout comme on n'apprend pas à créer. Mais on peut apprendre à peindre ou à écrire, à FAIRE, et en général ça peut être utile! Même les artistes avec un grand A peuvent apprendre! Pas question de formatage, je pense, même si un maître influence toujours énormément...jusqu'à ce que l'élève dépasse son enseignement De Véro, posté le 01.09.08 à 15:17 ![]() Pas faux, voyez l'exemple de Pablo Picasso dans le domaine de la peinture. Son père était professeur de dessin qui lui a enseigné les rudiments. Picasso a intégré l'école des Beaux-Arts de Barcelone à 14 ans. Ses premiers tableaux sont académiques, il a fallu du temps pour que l'artiste s'exprime ! On sait qu'il est, avec Georges Braque, le fondateur du cubisme. Il fallait du talent pour l'inventer !
Les techniques qu'on apprend sont simplement des outils : maîtriser les perspectives, utiliser les couleurs, la lumière, les ombres... En littérature, je ne sais pas, on a l'impression qu'il suffit de beaucoup lire pour apprendre, que le reste... c'est artificiel !
Finalement le principe est le même, considérer l'apprentissage de techniques comme une base élémentaire qui rend meilleur losqu'on a du talent mais ne crée pas le talent ! De sigismund, posté le 02.09.08 à 10:02 ![]() Bien d'accord, c'est exactement la même chose qu'en musique : même les punks finissent par reconnaitre que lire de la theorie ou prendre un prof fait économiser plusieurs années : http://musique.fluctuat.net/blog/32681-richard-lloyd-m-a-appris-a-craindre-la-guitare.html Tout en sachant que de toute façon, maitriser la technique n''apporte pas le talent : il faudrait donc voir à ce rassurer là-dessus. Mais la France en effet a toujours considéré l'art et l'artiste comme des choses "inspirées", c'est à dire au fond, pas un vrai metier... L'exemple est flagrant en matière de musique, les cursus americains de musique vous apprennent non seulement votre art, mais également les ficelles juridiques, fiscales de votre futur job.... Les syndicats de musiciens là-bas sont très organisés. C'est la reaction française typique "c'est américain, c'est moderne, c'est un gadget, c'est sans ame".... Tout comme l'armée française en 1914 considérait le telephone comme un gadget.... De Damo, posté le 02.09.08 à 10:59 ![]() Que se passe-t-il ? On n'a pas le droit de dire du mal de Maurice G. Dantec au même titre que d'autres auteurs à propos du message précédent ? Il n'y avait rien de réellement diffamant (hors, peut-être, la vérité) et il m'est arrivé de voir bien pire ici même. De mireille, posté le 19.11.08 à 14:11 ![]() Les ateliers d'écriture c'est géant, c'est aussi l'occasion de rencontrer du monde et partager sa passion Ajouter un commentaire |
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