Jan Neruda, peintre de Paris
Journaliste émérite, grand voyageur, et amateur de feuilletons, Neruda a notamment laissé de superbes Tableaux Parisiens, écrits à la hâte lors d'un voyage à Paris, entrepris peu avant l'épisode Communard. Neruda s'intéresse à la ville elle-même mais aussi aux parisiens : il décrit les mouvements, les pauvres, les classes, dans une déambulation appliquée et splendide qui rappelle (avant l'heure) les tableaux ultérieurs de Walter Benjamin. Neruda écrit sur les flâneurs, sur la police secrète. Il semble savoir que la vérité des villes est sous leur surface. Dans cet extrait, Neruda est à son meilleur : son écriture est attentive au moindre détail, descriptive, souple et expressive comme un pinceau.
"D'autres tourbillons humains se forment : dans le jardin du Luxembourg, jeunes et vieux, nantis et humbles prennent plaisir à jouer à la balle ; au Palais de Justice, les nerfs se tendent à craquer lors des procès ; à la Morgue, on pleure et on se lamente. La Morgue est une petite bâtisse basse, à proximité immédiate de la Seine qui lui apporte ses victimes les plus nombreuses. Tout cadavre inconnu trouvé à Paris est amené à la Morgue. On l'y déshabille, on le lave - si nécessaire est - et on le met sur une couchette noire cerclée de métal jaune, le visage tourné vers une verrière d'où le public peut le regarder. Un petit tuyau arrose le visage des noyés de manière à ce qu'ils restent plus frais. Les vêtements qui ont été enlevés sont suspendus au dessus du corps. Il y a une douzaine de couchettes mais j'ai vu au plus cinq cadavres en une journée. C'est le spectacle d'un couple de vieillards qui m'a le plus impressionné. Ils étaient allongés comme s'ils sommeillaient et un sourire flottait presque sur leurs visages : ils étaient apaisés au suprême degré. Ces pauvres gens s'étaient probablement profondément endormis, usés par l'âge, comme un ouvrier après un dur et long labeur. L'homme simple ne traversera pas le pont voisin sans s'arrêter à la Morgue ; il est toujours poursuivi par la crainte secrète d'y trouver quelqu'un de cher. Quand la Morgue est fermée - ce qui se produit quand on dispose de nouveaux corps - une foule dense s'agglutine devant la petite maison. J'y ai vu l'épouse et la fille d'un ouvrier qui n'était pas rentré chez lui depuis plusieurs jours. Elles avaient les yeux en feu d'avoir pleuré et leurs traits étaient marqués par une terrible et immense tension. Les personnes présentes s'écartaient avec compassion, les deux femmes se faufilèrent jusqu'à la vitre : leur regard parcourut en un éclair les cadavres. À nouveau rien. Nouvelle incertitude et nouveaux sanglots, un état plus éprouvant encore qu'une certitude.
S'il était là aujourd'hui, Neruda irait à Paris Plage ou au festival, histoire de voir ce que les Parisiens sont devenus. Il se promènerait dans la ville-musée avec un caméscope ou un carnet à spirales et boirait une bière en terrasse dans un bistrot du 11ème. Commentaires
De RIP rIP , posté le 25.08.08 à 18:28
![]() chouette balade dans le paname du 19e siècle pas arrondissement j'crois bien que la morgue n'a pas bougé : quai de la râpée didon l'ortie plus un post qui n'évoque LA MORT ce que la chambre froide est à l'institut médico-légal bléti chouia Lafleur : c'est toujours tout droit tu peux pas te gourer De RIP rIP , posté le 25.08.08 à 18:48 ![]() S'il était là aujourd'hui, Neruda irait à Paris Plage ou au festival, histoire de voir ce que les Parisiens sont devenus. Il se promènerait dans la ville-musée avec un caméscope ou un carnet à spirales et boirait une bière en terrasse dans un bistrot du 11ème. et il verrait tous ces cloportes qui clopent à la porte tous ces cracos (costard-cravatte) et le bachelor qui ramasse une bâche tous les soars ah paris oh paris De sophie, posté le 25.08.08 à 20:12 ![]() Comment peux-tu continuer à écrire ici myoso alors qu'il n'y a visiblement plus personne ? A quand un nouveau roman plutôt que ces billets jetés à la mer ? De RIP rIP , posté le 25.08.08 à 23:32 ![]() hé chui là moi je soouis làààà lalala je chaaanteeeeuh j'te trouve injuste sophie t'as vu tous les trolls qu'il s'est chopé Végéta? et il y a plus d'un petit poisson dans l'océan
De RIP rIP , posté le 25.08.08 à 23:57 ![]() POST DE SOUTIENT A L'ORTIE Les Arab Strap ne perdent pas une occasion de se signaler aux amateurs de Flu, nombreux à avoir débattu des qualités (surtout) et des (rares) défauts de l'album Monday At the Hug and Pint. Après le 2ème album solo électro-instrumental d'Aidan Moffat sous le pseudo de Lucky Pierre (bof, bof) ça fait un bail didon un paquet de textes un recueil gros posthume rip fleur bon plan mais c'est payé combien le post? Ajouter un commentaire |
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