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Jan Neruda, peintre de Paris

Posté par Myosotis le 25.08.08 à 14:49 | tags : essai, poésie

Il est peu probable que notre interface nécro-automatique sorte aujourd'hui le nom et la photographie du grand écrivain et poète tchèque Jan Neruda, tant celui-ci est tombé aux oubliettes de la littérature de ce côté-ci du continent. Neruda a donné son nom à un autre écrivain, Pablo, beaucoup plus connu que son inspirateur, en plus d'avoir laissé une trace indélébile dans sa ville natale (Les Contes de Mala Strana). Jan est pourtant l'un des piliers de l'Ecole de Mai et un bel exemple, dans la seconde moitié du XIXème siècle, d'une écriture libre et libérale.

Journaliste émérite, grand voyageur, et amateur de feuilletons, Neruda a notamment laissé de superbes Tableaux Parisiens, écrits à la hâte lors d'un voyage à Paris, entrepris peu avant l'épisode Communard. Neruda s'intéresse à la ville elle-même mais aussi aux parisiens : il décrit les mouvements, les pauvres, les classes, dans une déambulation appliquée et splendide qui rappelle (avant l'heure) les tableaux ultérieurs de Walter Benjamin. Neruda écrit sur les flâneurs, sur la police secrète. Il semble savoir que la vérité des villes est sous leur surface. Dans cet extrait, Neruda est à son meilleur : son écriture est attentive au moindre détail, descriptive, souple et expressive comme un pinceau.

 

"D'autres tourbillons humains se forment : dans le jardin du Luxembourg, jeunes et vieux, nantis et humbles prennent plaisir à jouer à la balle ; au Palais de Justice, les nerfs se tendent à craquer lors des procès ; à la Morgue, on pleure et on se lamente. La Morgue est une petite bâtisse basse, à proximité immédiate de la Seine qui lui apporte ses victimes les plus nombreuses. Tout cadavre inconnu trouvé à Paris est amené à la Morgue. On l'y déshabille, on le lave - si nécessaire est - et on le met sur une couchette noire cerclée de métal jaune, le visage tourné vers une verrière d'où le public peut le regarder. Un petit tuyau arrose le visage des noyés de manière à ce qu'ils restent plus frais. Les vêtements qui ont été enlevés sont suspendus au dessus du corps. Il y a une douzaine de couchettes mais j'ai vu au plus cinq cadavres en une journée. C'est le spectacle d'un couple de vieillards qui m'a le plus impressionné. Ils étaient allongés comme s'ils sommeillaient et un sourire flottait presque sur leurs visages : ils étaient apaisés au suprême degré. Ces pauvres gens s'étaient probablement profondément endormis, usés par l'âge, comme un ouvrier après un dur et long labeur. L'homme simple ne traversera pas le pont voisin sans s'arrêter à la Morgue ; il est toujours poursuivi par la crainte secrète d'y trouver quelqu'un de cher. Quand la Morgue est fermée - ce qui se produit quand on dispose de nouveaux corps - une foule dense s'agglutine devant la petite maison. J'y ai vu l'épouse et la fille d'un ouvrier qui n'était pas rentré chez lui depuis plusieurs jours. Elles avaient les yeux en feu d'avoir pleuré et leurs traits étaient marqués par une terrible et immense tension. Les personnes présentes s'écartaient avec compassion, les deux femmes se faufilèrent jusqu'à la vitre : leur regard parcourut en un éclair les cadavres. À nouveau rien. Nouvelle incertitude et nouveaux sanglots, un état plus éprouvant encore qu'une certitude.

Passons le pont Saint-Michel, prenons la rue sur notre droite et nous nous trouvons dans un nouveau tourbillon plus vivant et plus gai, celui des étudiants qui sortent d'un cours de médecine. Ce fameux étudiant parisien est toujours partisan du mariage sauvage avec les grisettes et d'un libéralisme résolu et puissamment explosif dans les périodes difficiles ; il n'a rien de frappant dans son aspect extérieur et, en général, ne ressemble en rien à un étudiant. Il fait ses universités le plus confortablement du monde même s'il vit dans le besoin. L'étudiant français m'a paru plus âgé que l'étudiant tchèque. On le suivra dans ses divertissements à la Closerie des Lilas et ailleurs pour faire plus ample connaissance et saisir tout de lui, y compris ces comptes très étranges du Grec (un juif) dont parle Murger dans son savoureux roman La vie de Bohême. Le Grec lui prête de l'argent, par exemple un demi-franc, lui reprend ses vieilles chaussures et lui achète de la pommade à moustaches, du "tabac morave", une canne ; en bref, il lui retire le plus consciencieusement du monde jusqu'à sa chemise."

 

S'il était là aujourd'hui, Neruda irait à Paris Plage ou au festival, histoire de voir ce que les Parisiens sont devenus. Il se promènerait dans la ville-musée avec un caméscope ou un carnet à spirales et boirait une bière en terrasse dans un bistrot du 11ème.




Commentaires

De RIP rIP , posté le 25.08.08 à 18:28 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

chouette balade dans le paname du 19e

siècle pas arrondissement

j'crois bien que la morgue n'a pas bougé : quai de la râpée

didon l'ortie plus un post qui n'évoque LA MORT

ce que la chambre froide est à l'institut médico-légal

bléti chouia Lafleur : c'est toujours tout droit

tu peux pas te gourer



De RIP rIP , posté le 25.08.08 à 18:48 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

S'il était là aujourd'hui, Neruda irait à Paris Plage ou au festival, histoire de voir ce que les Parisiens sont devenus. Il se promènerait dans la ville-musée avec un caméscope ou un carnet à spirales et boirait une bière en terrasse dans un bistrot du 11ème.

et il verrait tous ces cloportes qui clopent à la porte

tous ces cracos (costard-cravatte)

et le bachelor qui ramasse une bâche tous les soars

ah paris oh paris



De sophie, posté le 25.08.08 à 20:12 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Comment peux-tu continuer à écrire ici myoso alors qu'il n'y a visiblement plus personne ? A quand un nouveau roman plutôt que ces billets jetés à la mer ?

De RIP rIP , posté le 25.08.08 à 23:32 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

hé chui là moi

je soouis làààà lalala je chaaanteeeeuh

j'te trouve injuste sophie t'as vu tous les trolls qu'il s'est chopé Végéta?

et il y a plus d'un petit poisson dans l'océan

 



De RIP rIP , posté le 25.08.08 à 23:57 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

POST DE SOUTIENT A L'ORTIE

Les Arab Strap ne perdent pas une occasion de se signaler aux amateurs de Flu, nombreux à avoir débattu des qualités (surtout) et des (rares) défauts de l'album Monday At the Hug and Pint. Après le 2ème album solo électro-instrumental d'Aidan Moffat sous le pseudo de Lucky Pierre (bof, bof)

ça fait un bail didon

un paquet de textes un recueil gros posthume rip fleur

bon plan

mais c'est payé combien le post?



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