Des visages, des figures, des mots : rentrée littéraire (4) Imaginez un écrivain de notre siècle à son bureau. Pris d'un génial élan d'inspiration, il s'apprête à noircir cinquante pages de ce qui devrait devenir son grand œuvre. Il a en tête les lignes, le rythme, les personnages, mais aussi, cette mélodie métaphysique qui devrait doubler sa virtuosité littéraire d'une grande lucidité spirituelle. Décidément, il ne lui manque plus rien. Il ne lui manque rien, et cependant, quelque chose l'arrête. Sa main retombe comme son enthousiasme dégringole, et dans un soupir qu'il ne prendra même pas la peine de pousser, on entendrait : "merde, Proust (à remplacer par n'importe quel autre grand écrivain) l'a déjà fait avant moi".La vieille question de savoir comment écrire - et innover, après La Recherche, après Flaubert, après les surréalistes, après la contre-culture américaine, etc, n'est pas encore révolue. Les grandes œuvres qui ont marqué l'histoire littéraire forment encore le modèle ultime, sinon l'obsession de beaucoup d'écrivains. Cette rentrée littéraire révèle certains d'entre eux.
Laurent Nunez par exemple, dont nous avons déjà parlé ici, emprunte dans son premier roman, Les récidivistes, les voix de Quignard, Duras, Proust, Genet. Ou encore Julie Wolkenstein, spécialiste de Henry James, établit dans L'Excuse un vertigineux jeu de correspondance et d'association avec l'œuvre de l'écrivain américain, Portrait de femme. Ecrire sur les écrivains, écrire sur l'acte d'écrire : une façon de légitimer son texte, en signalant avoir conscience que l'on s'inscrit toujours dans une certaine continuité littéraire. Mathias Enard, qui fait avec son roman Zone l'un des événements de cette rentrée, émaille lui aussi sa fresque historique de nombreuses références littéraires, de L'Iliade au Voyage au bout de la nuit, de James Joyce à William Burroughs, en passant par des poètes du monde méditerranéen. En citant ces auteurs, le narrateur se lance dans une étiologie de l'écriture : "pourquoi Rafaël Kahla l'auteur libanais est-il devenu écrivain, lui, peut-être pour la même raison violente, je l'imagine combattant pendant la guerre à Beyrouth Frédéric Andrau compose ainsi un roman dont la figure centrale se devine dans le titre : Quelques jours avec Christine A.... Le narrateur s'y adresse directement Angot, qu'il suit à la trace dans les premières pages du roman : "Je garde un œil sur vous mais je continue à jouer avec Les Désaxés. Je fais tout pour que la couverture vous apparaisse, je capte les reflets les uns après les autres, je fais tomber le livre, plusieurs fois, mais vous ne voulez rien remarquer." Angot prend toute la place. Andrau voudrait qu'elle lui en laisse un peu. Frédéric Chouraki, lui, rend un hommage bien original à culture beat... sur un air de klezmer ! Dans Ginsberg et moi, il imagine l'improbable histoire d'amour entre Simon Glückmann, un jeune juif gay du marais, prédicateur stagiaire à la synagogue du temple, et le mythique Allen Ginsberg.
Quant à Pierre Mérot, il campe dans son roman Arkansas un gourou littéraire, nommé Kurtz, qui avec "sa façon compliquée de tenir une cigarette" et son "crâne dégarni", apparaît comme un étrange mélange entre Raël et Houellebecq. Mérot, qui fut très proche de l'auteur de Plateforme, dans la vie comme dans les livres, faisait déjà apparaître celui-ci dans Mammifères, sous les traits de Michel Bruno. Entre clin d'œil et règlement de compte, les écrivains d'une même génération s'utilisent volontiers les uns les autres comme matière littéraire... Dans un autre genre, citons encore Jean-Paul Enthoven, qui revient dans Ce que nous avons eu de meilleur sur dix ans de teufs mondaines aux côtés de son pote BHL. Pas sûr que son ouvrage corresponde en revanche à ce que nous aurons de meilleur pour cette rentrée.
Tout savoir sur la rentrée littéraire : - Toute la rentrée littéraire sur Fluctuat - Toutes les chroniques de la rentrée - Les chroniques de la rentrée des lecteurs - Voir les entretiens avec les auteurs de la rentrée : Mathias Enard, Pierric Bailly, Poppy Z. Brite...
Commentaires
De karine, posté le 27.08.08 à 16:52
![]() Justement, Nunez et Wolkenstein seront les invités des Mardis littéraires sur France Culture, mardi 9 septembre. On peut parier qu'on les a invités en même temps afin qu'ils parlent un peu plus de cette intertextualité qui, c'est vrai, apparaît beaucoup dans cette rentrée littéraire. Crypto: mars De RIP rIP , posté le 08.09.08 à 13:56 ![]() ah ouais céline enfin on parle de pierre mérot sacré pierrot ça faisait un bail dis moi céline encore un billet tranversââle on l'appelle oum le dauphiiiin dans son royaume aquatique il nous raconte ses aventures fantastiques il n'a jahamais peur de rien il connait tooujours son chemin comme maya l'abeille et tous ses copains c'est ouhouhoum le dauphin Ajouter un commentaire |
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